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samedi 18 avril 2015

[Article] FRAGILITE DU GEOCYBERESPACE A L’HEURE DES CONFLITS CYBERNETIQUES

Un article publié en octobre 2014 dans la revue Networks and Communication Studies NETCOM,vol. 27 (2013), n°3-4 pp. 293-308. L'auteur, Henry Bakis fait converger géopolitique, cyberespace et conflits numériques.
 
Abstract - While acts of cyber hostility are increasing around the world, the cyber armaments race continues. This highlights the vulnerability of ICT in every dimension. Despite the urgency of the problem, effective control of Internet security poses real challenges (political, legal and technical). This note is an introduction to the following paper (Roche & Blaine) which calls for the signing of an international convention on cyber disarmament. 

Dali 1943: Enfant géopolitique observant la naissance de l'Homme nouveau.


"Dans les années 70, l’approche géopolitique a été réhabilitée après le travail préparatoire de Jean Gottmann (1952) et suite au travail pionnier d’Yves Lacoste (1976) et de Paul Claval (1978) en France. Avec l’affirmation du rôle des TIC dans le monde contemporain, l’étude géographique et géopolitique des armements, des conflits et des politiques de défense, un nouveau chapitre s’ouvre à côté de ceux relatifs à l’étude des complexes militaro-industriels, du rôle nouveau des armes conventionnelles et des guérillas dans les conflits récents, de la géostratégie nucléaire... 
Mais la géopolitique de l’information, de la communication et des médias n’a pas connu l’essor qu’on aurait pu attendre. Si plusieurs géographes se sont intéressés à ce thème depuis vingt-cinq ans, c’est Frédérick Douzet qui a principalement exploré la thématique de la fragilité de l’espace cybernétique dans plusieurs articles significatifs. Sur le plan académique, l’irruption des TIC dans l’espace géographique conduit à renouveler plusieurs concepts de la géographie ou des sciences politiques : dont ceux de frontière, et de souveraineté."


On y trouvera également de nombreuses références à nos travaux dont,
"Le mythe du Blitzkreig numérique", "Cyberstratégie" et "Cybertactique" !


http://www.netcom-journal.com/volumes/articlesV273/Netcom293-308.pdf

dimanche 30 novembre 2014

[Lecture] A découvrir, l'excellent : Guerre et Stratégie au XXIe siècle.


Paru il y a quelques mois, voici un ouvrage qui mérite d’être lu et relu par tous ceux qui s’intéressent à la pensée stratégique, à l’évolution des rapports de force dans le monde et singulièrement à la place de la France et de l’Europe.

Christian Malis, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, docteur en histoire et directeur d’études stratégiques chez Thalès nous propose une lecture passionnante de la redistribution des cartes entre grandes puissances depuis la fin de la guerre froide. Il se livre à l’exercice complexe de la « prospective limitée » en projetant son analyse à l’horizon 2030.  




Le premier chapitre, « les guerres à contre siècle » constate la prédominance du modèle militaire américain depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’aux années 90 (la première guerre du Golfe – 1991). Cette dernière étant l’exemple parfait du « nouveau Blitzkrieg » technologique faisant éclater à la face du monde l’extraordinaire supériorité de l’outil militaire US (fruit de la doctrine dite RMA – Revolution in military affairs). Ce « crédit stratégique » se doublait selon l’auteur d’un « crédit moral » sans précédent. Depuis, un véritable « retournement » s’opère faisant penser à un « chant du cygne ». 

Ce Blitzkrieg "sauce barbecue" s’appuie sur les concepts de champs de bataille numérisé, de frappes à haute précision et à distance où la victoire s’obtient en quelques heures par un écrasement total des capacités adverses. Progressivement, l’outil militaire US puis otanien (et donc français) s’organise pour répondre à cette exigeante forme de guerre éclair – s’enclanche alors le cercle de la diminution progressive des effectifs au profit de systèmes plus performants s’appuyant sur les progrès rapides dans le champ des nouvelles technologies.  Puis un premier décalage s’opère puisque le politique bascule preogressivement vers une stratégie de « régime change », de gendarme universel cherchant à imposer la démocratie, désignant les « Etats pariats »… 

« C’est alors que s’ouvre une béance entre la politique poursuivie et les moyens militaires disponibles, autrement dit la stratégie. »(p.17)

La « surprise morale » intervient avec les interventions en Iraq (2003) et Afghanistan (2001) puisque là encore le modèle « guerre éclair » est pratiqué avec succès (victoire militaire en quelques heures) mais l’adversaire change de nature et se fait « insurgé » - « irrégulier ». Le monde découvre alors que l’on n’impose pas la démocratie à coup de Tomahawk. Evidement, ce changement s’opère alors que les moyens de communications (internet et réseaux sociaux) contribuent à « égaliser » les forces en action et la bataille se gagne ou se perd également dans le champ des perceptions (p.29).
De ce constat d’enlisement américain doublé par une crise économique et financière mondiale (comme facteur aggravant) l’auteur s’interroge sur la disparition probable de la guerre, présentant les visions diamétralement opposées de Bruno Tertrais et de l’anthropologue René Giraud, pour qui les violences que nous connaissons (hyperterrorisme, Iraq, Afghanistan) ne sont que des précurseur de la « montée aux extrêmes » clausewitzienne. C’est l’occasion d’une première assertion sur « l’age nucléaire » et ses conséquences que l’auteur développera plus longuement par la suite.
Finalement, aucun des arguments en faveur de « la fin de la guerre » ne tient très longtemps car « En réalité, le progrès moral de l’humanité est distinct du progrès matériel, pour la raison que les choix moraux relèvent de la liberté et sont posés à nouveau à chaque génération. » (p45). Ainsi, selon l’auteur, le « triangle de la paix » (verrou nucléaire, aspiration des peuples au développement et extension du droit et des architectures de prévention des conflits) se fissure en ce début de XXIème siècle avec de nouvelles dynamique d’hostilité et une violence « subguerrière » et « hors des règles ». Christian Malis s’interroge alors sur les causes prévisibles des futurs guerres et fustige ceux qui confondent tension et affrontements. Ainsi, si les causes de tensions sont nombreuses (ressources en eau par exemple) peu de facteurs peuvent véritablement dégénérer en guerre ouverte notamment par déficit de « polarisation stratégique » P.53.

L’auteur propose alors une méthode pour penser une projection à l’horizon 2030 : d’abord une analyse géopolitique de la mondialisation pour faire ressortir trois sources potentielles de tensions stratégiques :
La domination régionale ;
Le contrôle des ressources ;
La rivalité des identités.

Le chapitre 3, sur les perspectives stratégiques 2030, s’ouvre sur une très intéressante analyse des cycles militaires depuis 1990.  Le premier 1990- 2008 est dit « cycle de transformation » avec son point culminant en 2001, puis vient le cycle des « petites guerres » entre 2003 et 2014 s’ouvre enfin le cycle des oppositions dans les grands espaces. Ainsi, les grands espaces devraient devenir le lieu privilégié de la confrontation, en premier lieu l’espace maritime (avec les premiers signes de tension en mer de Chine). Vient ensuite le cyberespace, propice à l’action clandestine et où la confrontation ouverte est difficile (p.56). L’analyse des budgets militaires éclaire la redistribution stratégique en cours et souligne l’arrivée de plusieurs pays émergents au détriment de puissances européennes. L’inde, et l’Arabie saoudite ont dépassé l’Italie (P.79) talonnée par le Brésil et la Corée du Sud, alors que l’Espagne a quitté le classement… La décroissance de l’Europe s’accélère et la crise économique de 2008 ne fait qu’amplifier le mouvement. Les Etats-Unis malgré des réduction conservent un leadership incontesté sur de nombreux théâtres (Atlantique, Océan indien, Extrême Orient) et les efforts actuels de la Chine pour se doter d’une puissance navale reconnue ne devrait pas pouvoir contester cette position avant deux ou trois décennies (p.81).

Après avoir dressé ce tableau, l’auteur souligne la place toujours centrale de la dissuasion nucléaire avant d’analyser les « nouveaux acteurs de la guerre » et les « nouvelles frontières du combat ». C’est ici qu’apparaissent les réflexions sur l’avènement du cyberespace et le poids de « l’informatisation » dans la conduite des affrontements. Si « chaque guerre concrète présente une singularité totale », les conflits modernes opposent de nombreuses formes diverses d’acteurs : soldats professionnels, soldats privés, robots, enfants-soldats, civils en armes…

La place croissante de la machine dans l’outils militaire soulève de nombreux paradoxes, la réduction du nombre de plateformes (avions, drones, chars…) s’accompagne d’un besoin croissant de préserver un « effet de masse » pour garantir l’atteintes de résultats sur un nombre croissant de théâtre d’opérations. L’auteur nous rappelle que la guerre des robots est déjà une réalité mais que « même intégralement robotisée, la pointe combattante d’une armée demeurera des hommes. » (p130). Au-delà du robot, le retour du mercenaire ou soldat privé dans les conflits semble clore une période ou les armées de masses se réservaient l’exclusivité de « la guerre ». Devenue une véritable industrie, le marché du « soldat privé » représente près de 20% du marché militaire mondial « institutionnel » (p.135). Enfin, l’auteur évoque la figure du « cyberguerrier » comme un acteur émergent du conflit moderne. De façon assez classique l’auteur propose deux critères pour établir une typologie des acteurs du cyberespace : l’intention politique hostile et la relation à l’Etat. Constatant l’investissement croissant des Etats dans le « cyber », Christian Malis rappelle toutefois qu’il faut prendre garde à « l’effet d’optique, car on a regroupé sous le label « cyber » des fonctions préexistantes, relevant des transmissions, de la guerre électronique et de la sécurité des systèmes d’information. ». Analysant l’utilisation offensive des armes numériques, l’auteur rejoint notre analyse et emprunte en tête de chapitre la formule de la quatrième de couverture de cybertatctique : « La cyberguerre n’aura pas lieu mais il n’y aura plus de guerre sans cyber ».

Après l’analyse en profondeur des mécanismes, acteurs et contextes stratégique, l’auteur engage un véritable plaidoyer pour que nos choix stratégiques demeurent cohérents et ne soient pas « le résultat contraint d’un affaiblissement ». Illustrant au passage les risques d’une « technostratégie » qui oublierait les deux cycles temporels de la stratégie (cycle long : préparation des futurs outils – cycle court de supériorité opérationnelle), Christian Malis nous rappelle la formule de Norman Augustine fustigeant le modèle occidental fondé sur la rupture technologique permanente («  Quand nous auront le meilleur avion de combat du monde et qu’il n’y en aura qu’un (en raison de son coût)»)…

Mais dépassant le constat, l’ouvrage apporte véritablement un souffle nouveau à la réflexion en proposant des axes de sortie :
-       Sortir de la spécialisation professionnelles des forces armées et du maximalisme technologique ;
-       Réduire les coûts en concentrant les investissements de recherche sur kes capacités jugées les plus critiques et les plus souveraines ;
-       Repenser et reconstruire notre système économico-stratégique de défense et de sécurité (p.201) et aller vers des formes de travail intégré (industrie – armées) pour faire évouer les matériels en fonction du retour d’expérience.

Je ne développerai pas plus avant les solutions ébauchées par l’auteur, la conclusion de l’ouvrage fixe un cap et ouvre vers de nombreux segments encore inexplorés. Véritable « stimulateur » de pensée, cet ouvrage est à n’en pas douter un classique du genre. Il mérite sa place au rang des « fondamentaux » de la pensée stratégique.

Voir également les recenssions de Michel Goya ici , de Frédéric Charillon ici, ou encore Philippe Chapleau ici.

lundi 15 septembre 2014

dimanche 27 avril 2014

Débat "géopolitique du cyberespace"

Annonce tardive : lundi 28 avril 2014 de 19h à 21h au centre Beaubourg se tiendra un débat public sur "géopolitique du cyberespace". L'accès est libre et pour ceux qui ne peuvent y aller, le débat est à suivre en direct sur le site de la bpi. Une bonne façon de prolonger la lecture du post sur ce sujet (ici)



"Du scandale Wikileaks à l'affaire Snowden, du cas Julian Assange au puzzle PRISM, le cyberespace et ses héros, ou anti-héros, ont littéralement envahi nos écrans radars ces dernières années. Au-delà de cette actualité parfois brûlante, souvent polémique, toujours passionnante, les enjeux sont nombreux pour les relations internationales mais aussi pour les États et leurs équilibres internes ou externes.
Cyberstratégie, nouveaux modes de renseignement, guerre "cool", darknet, "hacking" et liberté d'expression, espionnage moderne, tentative de contrôle ou de censure seront autant de problématiques questionnées lors de ce débat par des spécialistes du renseignement, des questions de défense, de liberté d'expression et des nouveaux réseaux et modes de circulation de l'information."

Programme

Rencontre animée par Amaëlle Guiton, journaliste radio et blogueuse sur la plate-forme Techn0polis, auteur de Hackers : au cœur de la résistance numérique (Ed. au Diable Vauvert)


Avec :

Daniel Ventre, ingénieur CNRS. Titulaire de la Chaire Cyberdéfense & Cyberécurité (Saint-Cyr / Sogeti/Thales). Directeur de la collection Cyberconflit & Cybercriminalité – Éditions Hermes).

Sébastien Laurent, historien, Professeur à Sciences-Po et à l'Université de Bordeaux, spécialiste du renseignement et de l'espionnage, auteur de Atlas du renseignement (Presses de Sciences-Po)

Olivier Kempf, chercheur associé à l'IRIS, directeur de la collection cyberstratégie (Economica)

Flore Vasseur, écrivain, chroniqueuse, auteur de En bande organisée (Editions des Equateurs)

Grégoire Pouget, responsable du bureau « nouveaux médias » à Reporters sans frontières

vendredi 25 avril 2014

Vers une géopolitique du cyberespace

Encore absent, il y a peu, des études de géopolitiques et de relations internationales, le cyberespace entre pourtant de facto dans le jeu du droit et de la puissance. Plus aucune crise "dans le monde réel" n'échappe à son pendant numérique, depuis les Révolutions arabes jusqu'aux tensions entre l'Ukraine et la Russie en passant par le conflit syrien, chacun connaît un développement dans le cyberespace. Au-delà des crises et conflits, de nouveaux rapports se déssinent entre acteurs économiques et politiques, redéssisant ainsi les frontières des études classiques. L'impact sur nos sociétés ne se mésure pas simplement aux évolutions techniques mais sous-tend des mutations profondes dans les mécanismes politiques, économiques et même environnementaux. 

Cybertactique y consacre un chapitre qui prolonge la réflexion ébauchée dans l'article ci-dessous publié dans "stratégie dans le cyberespace 2" de l'IRIS (2012) et relayé par le blog de l'EMSST.

source: http://www.emlv.fr/risque-geopolitique-et-ressources-humaines-lhomme-et-lentreprise-face-a-linsecurite-a-lexpatriation/

"Dans les études géopolitiques classiques, les interactions entre le territoire et la politique occupent une place centrale. L’Etat fait toujours et encore figure de référence, bien que menacé dans son rôle de régulateur par l’émergence de nouveaux acteurs. Yves Lacoste définit alors la « nouvelle géopolitique » comme « l’étude des interactions entre le politique et le territoire, les rivalités ou les tensions qui trouvent leur origine ou leur développement sur le territoire » [LACOSTE, 1995].Pourtant, à bien y regarder, un territoire demeure trop souvent exclu de cette analyse : le cyberespace.

Cette quasi absence du cyberespace dans la production géopolitique trouve probablement son origine dans la difficile appréhension de ce milieu qui ne se réduit pas à la description géographique et physique usuelle. Pourtant, les évolutions scientifiques et techniques ont contribué à modifier la relation de l’homme à la nature, elles ont également modifié sa perception de la géographie.Le cyberespace, résultat d’une révolution technique, a donc forcément contribué à façonner une autre vision du monde, tout en créant une forme d’espace propre. Ainsi, comme pour les espaces physiques, nous observons quotidiennement le jeu du droit et de la puissance, les rivalités autour de la définition des périmètres de souveraineté, les actes hostiles mais également des avancées positives qui répondent à une forme d’auto-organisation comparable à des politiques d’aménagement du territoire. Dès lors, aucune barrière théorique ne nous interdit de penser une géopolitique du cyberespace.