samedi 5 mars 2022

20 minutes autour de la Guérilla 2.0

 


20 minutes pour évoquer la Guérilla 2.0 sur la TV de l'Agora des managers.

c'est ici

Quelle est aujourd’hui l’état de la menace au moment d’une considérable consolidation de la cybercriminalité ? Comment la cybercriminalité agit ou interagit avec des acteurs étatiques ou des groupes terroristes ? Quelle est la typologie de ces acteurs ? Quelle est la hauteur de la transformation numérique des ces acteurs avec l’exemple de DAESH.

Ou comment, avec l’explosion du terrorisme médiatique, surveiller et contrôler l’ensemble de ces canaux de communication ? Autant de questions que se propose d’explorer le chef de la cellule cyber de l’Armée de terre.

 


Bertrand Boyer est officier des troupes de marine, saint-cyrien, breveté de l’École de guerre et diplômé de Telecom ParisTech. Il est parmi les premiers officiers à penser la conflictualité dans le cyberespace. Il a notamment publié plusieurs ouvrages sur cette question dont Cybertactique : conduire la guerre numérique (2014) et un Dictionnaire de la Cybersécurité et des réseaux (2016).

Alors que les technologies de l’information et de la communication favorisent le développement d’une société plus ouverte, interconnectée, elles permettent également l’émergence de nouvelles menaces et conflits nous confie l’auteur.

La guerre irrégulière connaît un développement inédit : la guérilla 2.0. La bataille ne se joue plus sur un champ clos, où s’opposent des forces armées, mais au cœur des populations, sous le regard des caméras et des influenceurs : la guerre informationnelle et numérique, nous confie le Colonel Bertrand BOYER.

La réalité du combat, dans le cyberespace, ce n’est pas le Big One (virus informatique mondial)- même s’il est dans le sac de certains de nos adversaires. La réalité du combat dans le cyber-espace, c’est essentiellement de l’espionnage, de la subversion avec la libéralisation importante de l’information, la capacité de chacun à être porteur d’un message et enfin le vol de données et la potentialité de détruire des systèmes en chiffrant totalement un SI ou en ayant d’autres approches…

Alors comment le risque cyber impacte les opérations ? 

Les impacts du risque cyber concernent d’abord les grandes institutions comme les forces armées. C’est comparable à une grande entreprise d’ailleurs… On est très dépendant de nos systèmes d’information qui sont des systèmes d’information de gestion comme on peut en retrouver dans les grands groupes et sur les chaînes logistiques. C’est un sujet de protection majeur.

Le deuxième aspect de la question, c’est comment on opérationnalise, comment on va se défendre dans cet espace face à des adversaires qui eux, sont parfois plus débridés que nous.

Et là, on a on a plusieurs questions, celle du cadre juridique, les questions éthiques. Est-ce que les hôpitaux sont une cible légitime ou pas. On sait très bien que pour les armées, c’est interdit par le droit de la guerre. Mais voilà, on l’a vu pendant la crise Covid, il y a un certain nombre d’acteurs qui n’hésitent pas à franchir ces lignes-là…

dimanche 19 décembre 2021

"Guérilla 2.0" invité de Signal sur Bruit

 Voilà de quoi bien terminer l'année !

Une quarantaine de minutes d'entretien où l'on parle de conflictualité dans le cyberespace, de guérilla 2.0, et de guerre de l'information.

 


Merci à Anaïs Meunier de m'avoir ouvert les portes du podcats "Signal sur bruit" un podcast de la revue Inflexions, civils et militaires : pouvoir dire. Signal sur bruit se veut pédagogique et de format court. Il concourt à la valorisation de la recherche dans les thématiques de la revue Inflexions : stratégie, histoire militaire avec un focus particulier sur les questions de méthodologie et de méthode de travail.

Et en plus y'a de la bonne musique :)

● I live for this shit (Mr Robot) ● We gotta get out of this place (The animals)● The Passenger (Iggy Pop)

A retrouver sur vos plateformes préférées de lecture de podcast:

Spotify

AudioBlog

Apple

Deezer

 

samedi 3 juillet 2021

vendredi 18 juin 2021

"Les praticiens de la déception sont des artistes" Dudley Clarke

 

A l'heure où de nombreuses armées occidentales réinvestissent la guerre de l'information ou l'action dans les champs immatériels, il semble pertinent de se replonger dans les exemples que nous proposent les figures historiques du domaine. Au rang de "maître" nous trouvons le brigadier Dudley Clarke. Officier Britannique durant la seconde guerre mondiale, il est considéré comme un des pionniers des opérations de déception stratégiques. En combinant, faux ordres, éléments visuels (leurres, constructions factices...), utilisation des forces au sol, d'agents infiltrés et autres stratagèmes, il a en 1941, sous les ordres du général Wavell, constitué la célèbre "A-force", en charge de la déception à partir du Caire.

(le brigadier Clarke n'hésitait pas à se grimer pour conduire ses missions, ici lors de son arrestation à Madrid)
"every real operation should have a complementary deception"

Dudley Clarke illustre parfaitement la volonté des alliés de pratiquer  la déception et l’intoxication à une échelle rarement atteinte. À la tête de la Force A, Clarke fait appel à des magiciens, des artistes, des écrivains et des dessinateurs pour conduire avec succès ses opérations. Il fut un des artisans du célèbre plan de déception visant à assurer le succès du débarquement en Normandie le 6 juin 1944 (Bodyguard, dont l'opération Fortitude pour le front Ouest). L'opération Copperhead, partie intégrante de Bodyguard s'est par exemple appuyée sur un sosie du général Montgomery dont les déplacements en Méditéranée étaient volontairement amplifiés afin de créer la confusion sur la place et le rôle de celui-ci dans l'invasion de l'Europe.

A l'heure des combats numériques, chaque acteur en conflit peut utiliser de nombreux artifices pour appuyer et conduire des opérations de déception. Tout élément qui pourra contribuer à rendre une situation plus confuse à lire pour l'adversaire (ou plus longue à analyser) sera donc à considérer (c'est le critère d'"embrouillabilité*" :) certains se reconnaîtrons ici !). 


Extrait de guérilla 2.0 :

Les leçons de Dudley Clarke peuvent servir de base à la guérilla 2.0 dans son volet d’intoxication et propagande. 
Au-delà de l’ingéniosité nécessaire à ce type d’opérations, la constitution d’équipes pluridisciplinaires autonomes éprouvée par Clarke, doit servir de modèle aux insurrections numériques à venir.

Les conditions de succès d’une intoxication selon Dudley Clarke :

« les praticiens de l’intoxication sont des artistes »

Le général Dudley Clarke (1899-1974) est un officier d’artillerie britannique, ayant servi notamment comme officier renseignement au Moyen-Orient. Lieutenant-colonel en 1941, il est appelé par le général Wavell pour mettre sur pied une unité en charge de la déception au niveau stratégique. Il joua entre autres un rôle dans la création du Special Air Service (SAS) de David Stirling. Dudley Clark est ainsi avec la force A à l’origine de nombreux plans de déception. Auteur de plusieurs ouvrages, il y livre les trois conditions essentielles à respecter pour conduire une intoxication réussie :

1/ La définition du champ d’action et de la cible :

Pour lui, sans cette définition précise, il peut y avoir confusion entre « actions psychologiques » et « intoxication ». « La différence fondamentale entre l’intoxication et l’action psychologique réside dans le fait qu’elles s’adressent à des populations/publics/sujets cibles totalement distinctes. L’action psychologique diffuse, à partir d’une source unique, des messages destinés aux couches les plus larges de la population (…) elle s’adresse aux masses et il est peu probable qu’elle influence la pensée et l’action des échelons de l’état-major adverse. »
« L’intoxication agit selon un schéma inverse : ses messages proviennent en apparence de sources multiples, mais visent une cible unique. La tache unique du service en charge de l’intoxication consiste à dissimuler l’origine des messages (…) » 

2/ L’intoxication est un art et non une science :

« La deuxième condition est que la pratique de l’intoxication doit être reconnue comme un art et non une science, ses praticiens doivent être considérés comme des artistes et non comme des techniciens. » Seule cette approche permet de recruter des officiers qui seront créatifs et qui « auront la capacité de faire quelque chose à partir de rien, d’habiller ensuite ce quelque chose avec des éléments réels de manière à lui donner le caractère d’une évidence. (…) l’art de la créativité doit être leur qualité essentielle. »

3/ L’action vise le chef adverse et doit entraîner un changement de comportement :
En troisième lieu, Clarke précise que « ce que l’ennemi pense n’a guère d’importance » ce qui importe c’est que « le commandant en chef doit être le seul à décider ce qu’il veut que l’ennemi fasse. ». Il s’agit donc de produire un changement de comportement de l’adversaire par la mise en œuvre d’un plan d’intoxication.


Embrouillabilité ou Confusionabilité*: ce barbarisme est un critère d'évaluation qui vise à mesurer le niveau de confusion chez l'adversaire que peut créer une action de la force amie. Il ne suffit pas d'être "illisible" (l'ennemi ne comprend pas ce que je fais) mais bien de générer de la confusion (l'ennemi de comprend plus son environnement - nous, ses propres forces, ses chefs, sa zone d'action, la situation ... ).

samedi 19 décembre 2020

Guérilla 2.0 : Guerres irrégulières dans le cyberespace

En cette fin d'année 2020 j'ai l'immense plaisir de publier mon dernier ouvrage consacré à la conflictualité dans le cyberespace : Guérilla 2.0


 

Travail engagé il y a plusieurs années et qui explore les nouvelles formes d'affrontements en ligne mais également les évolutions des usages numériques par les combattants irréguliers (au sens large).

Ainsi « la cyberguerre » n’aura peut-être pas lieu, mais il n’y aura plus de guerre sans « cyber ». La forme de combat la plus répandue de l’histoire des conflits armés, la guérilla, n’y fait pas exception, elle mute et adapte ses modalités à l’émergence d’un nouvel espace d’affrontement.

Au fil de notre étude nous avons souhaité traiter suivant deux approches conceptuelles un seul et même objet.  La guérilla 2.0 recouvre, de notre point de vue, tout autant les modalités de combat dans les espaces numériques (attaque, défense du système d’information) que l’usage des outils et espaces numériques par des groupes dont l’action principale demeure dans les champs physiques (groupes terroristes, mouvements indépendantistes ou de libération, etc.).

 

Disponible sur le site des éditions de l'école de guerre (que je tiens à remercier pour l'accompagnement de ce projet), en format papier ou numérique, vous pouvez également découvrir les premières pages de l’ouvrage (ici).

Bonne lecture et bonne fêtes !

 

Il est également disponible sur les plateformes de vente en ligne classiques:

Fnac 

Cultura

La porte de l'histoire